Introduction
Si la théorie du noyau central s’attache à la dimension socio-idéologique et normative des représentations sociales, un autre courant de recherche, plus proche des travaux originels de Serge Moscovici, s’intéresse à leur dimension figurative. Ce second axe interroge la manière dont une notion abstraite se cristallise en une image concrète, partageable et intuitivement compréhensible par l’ensemble d’un groupe social.
Le schéma figuratif : de l’abstrait au concret
Le noyau matriciel, également appelé noyau figuratif, désigne l’image de base ou le schéma structurant qui matérialise une idée complexe en un ensemble visuel ou spatial simplifié. Ce schéma fonctionne comme une matrice génératrice : à partir de cette image centrale, les individus élaborent leurs discours, organisent leurs raisonnements et orientent leurs pratiques concrètes. Le processus par lequel un concept abstrait se transforme ainsi en image concrète est ce que Moscovici nomme l’objectivation.
L’exemple de la psychanalyse
Dans son étude fondatrice sur la diffusion sociale de la psychanalyse (1961), Moscovici montre comment la distinction freudienne entre conscient et inconscient — une notion théorique complexe — s’est ancrée dans le sens commun sous la forme d’une image matricielle familière : celle de l’iceberg, dont la partie émergée figure le conscient et la partie immergée, bien plus vaste, l’inconscient. Cette image, simple et mémorable, a permis au grand public de s’approprier une théorie savante sans en maîtriser les subtilités conceptuelles.
Une matrice mobilisée au-delà de la psychologie sociale
Ce type de schéma figuratif a également été repris et enrichi par des travaux en anthropologie et en psychologie sociale de l’espace, qui s’intéressent à la manière dont les représentations spatiales ou territoriales s’organisent elles aussi autour d’images matricielles simples (frontières, centres, zones), guidant la perception et l’action des individus dans leur environnement.
L’utilité de la notion
La notion de noyau matriciel présente un intérêt majeur : elle permet de comprendre comment un savoir savant ou une théorie scientifique se transforme en une véritable évidence visuelle pour le sens commun, indépendamment de sa validité ou de sa complexité d’origine. Elle complète ainsi utilement l’approche structurale du noyau central, en éclairant non plus la fonction organisatrice de la représentation, mais son mode de production et de diffusion sociale.