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  • Concepts

Les systèmes d’ancrage : psychologique, sociologique et discursif

Comment la représentation s'inscrit dans les rapports sociaux préexistants

Résumé

Cette entrée présente le processus d'ancrage, formalisé notamment par Willem Doise, qui inscrit la représentation sociale dans le tissu social préexistant selon trois niveaux complémentaires : psychologique, sociologique et discursif.

Introduction

Si l’objectivation, notamment étudiée à travers la notion de noyau figuratif, transforme une notion abstraite en image concrète, l’ancrage constitue le processus complémentaire et en quelque sorte inverse : il inscrit cette représentation nouvellement constituée dans le système de pensée préexistant du sujet et dans le tissu des rapports sociaux dans lesquels celui-ci est inséré. Willem Doise a particulièrement contribué à formaliser et systématiser l’étude de ce processus.

L’ancrage, un processus d’insertion sociale

Contrairement à une lecture purement cognitiviste qui réduirait les représentations sociales à des structures mentales isolées, l’approche de l’ancrage rappelle que toute représentation est indissociable de l’insertion des individus dans des groupes et des rapports sociaux spécifiques. Une représentation ne prend sens qu’articulée à un système de valeurs, à une appartenance groupale et à un contexte d’interaction donné.

L’ancrage psychologique

Le premier niveau, l’ancrage psychologique, renvoie au lien entre la représentation étudiée et le système de valeurs, les croyances ou les orientations idéologiques propres à l’individu. Il s’agit ici de mettre en évidence comment l’adhésion à certains principes généraux — orientation politique, système de valeurs personnelles, rapport au monde — oriente la manière dont un individu construit et mobilise une représentation donnée.

L’ancrage sociologique

Le second niveau, l’ancrage sociologique, s’intéresse à la manière dont les variations observées dans une représentation sont déterminées par l’appartenance des individus à des groupes sociaux distincts. Ainsi, la représentation de l’intelligence, par exemple, varie significativement selon que l’on appartient au groupe des enseignants ou à celui des ouvriers, chaque groupe valorisant des dimensions différentes de cette notion en fonction de sa position et de ses intérêts sociaux propres.

L’ancrage discursif ou situationnel

Le troisième niveau, l’ancrage discursif, désigne enfin la manière dont une représentation s’actualise, se module et se réajuste en fonction de la situation immédiate de communication et des enjeux propres à chaque interaction. Une même représentation peut ainsi être mobilisée de façon sensiblement différente selon l’interlocuteur, le contexte institutionnel ou les rapports de pouvoir en jeu dans l’échange.

Portée de la notion

En articulant ces trois niveaux, la notion d’ancrage permet de dépasser une conception purement individuelle et cognitive des représentations sociales pour restituer leur inscription pleinement sociale, historique et contextuelle. Elle constitue ainsi un outil précieux pour analyser la diversité des représentations d’un même objet au sein d’une population donnée.

Bibliographie

  • Doise, W. (1992). L’ancrage dans les études sur les représentations sociales. Bulletin de Psychologie, 45, 189-195.
  • Doise, W., Clémence, A., & Lorenzi-Cioldi, F. (1992). Représentations sociales et analyses de données. Grenoble : Presses Universitaires de Grenoble.
  • Moliner, P., Rateau, P., & Cohen-Scali, V. (2002). Les représentations sociales : pratique des études et recherches. Rennes : Presses Universitaires de Rennes.

Ressources